1- Blanchiment D'argent - Aux Trousses du Couple OUATTARA (Le cas du couple Ado-Dominique Nouvian)
Dossier réalisé par
Safiatou Ouattara et Alain Pierre à Paris
En Occident, la tendance est à la lutte contre le blanchiment d'argent sale et les paradis fiscaux. Cela, pour moraliser le monde de la finance. En Côte d'Ivoire, il y a pourtant un candidat à l'élection présidentielle qui a des liens avec ces réseaux mafieux qui mettent souvent à mal, les économies de leurs pays. Ouattara se dit propriétaire d'une impressionnante fortune.
Comment l'a-t-il acquis ?
Le temps vous propose un document qui vous dit tout sur la fortune de ce couple qui veut, par tous les moyens, diriger la Côte d'Ivoire. Arrivé aux affaires après avoir battu au deuxième tour de l'élection présidentielle française, la candidate socialiste Ségolène Royal en mai 2008, Nicolas Sarkozy a hérité d'un grand nombre de dossiers chauds de son prédécesseur Jacques Chirac.
Au nombre de ces dossiers, figure en bonne place la crise ivoirienne qui a, ces 5 dernières années, rendu totalement exécrables les relations entre la Côte d'Ivoire et la France. Français en qui les opposants à Laurent Gbagbo voyaient en ''Chirac bis'' Le nouveau patron de l'exécutif. Afin de mieux connaitre les principaux acteurs politiques ivoiriens, une enquête est ouverte sur chacun d'eux.
En somme, une carte de visite complète de présidentiable ivoirien que les barbouzes français se chargent de confectionner à l'attention du ''grand patron''. A l'exercice, les petites notes blanches sur Ouattara sont les plus nombreuses. Les raisons ? Nul ne le sait car le rapport des agents est muet sur la question. Mais il ressort des investigations des services secrets de l'Elysée qu'Alassane Dramane, est totalement inconnu des fichiers du fisc français et ne détient en son nom propre, aucun bien immobilier.
On pourrait croire qu'il y a erreur sur la personne de M. Ouattara. Eh bien, non ! Il s'agit bel et bien du patron du Rdr et son état civil est ainsi établi dans le document top confidentiel des services de renseignements français dont nous avons obtenu copie : ''Né le 1er janvier 1942 à Dimbokro (Côte d'Ivoire), de nationalité ivoirienne, titulaire d'une carte de séjour privilégiée valable 10 ans. Figure également sur le registre des diplomates accrédités auprès des autorités françaises, est marié avec madame Nouvian Dominique Claudine, veuve Folloroux, née le 16 décembre 1953 à Constantine (Algérie), de nationalité française.
De statut résident étranger, il fait élection de domicile à Paris, 140 avenue Victor Hugo- Paris 16e, dans un appartement propriété de son épouse. A Abidjan où il réside régulièrement, il demeure quartier Ambassade Cocody 01 BP 1206 Abidjan - Côte d'Ivoire.'' On ne peut s'empêcher de se demander comment une personnalité de la trempe de Ouattara, qui a résidé de longues années en France où il disposait de comptes en banque, peut-il être ''inconnu des services fiscaux français''.
Avec lui, son épouse Dominique Nouvian dont les contributions sont jugées nettement en deçà de ses avoirs tant en nature qu'en numéraire. Ayant trouvé cela suspect, les enquêteurs de l'Elysée ont suivi des pistes qui leur ont permis de mettre au grand jour les pratiques du couple Ouattara pour échapper au fisc français et s'enrichir de façon illicite. Les autres membres de la famille ne sont pas ignorés ; les activités et avoirs de chacun sont passés au peigne fin.
Le mythe sur les comptes de Ouattara
Avec étonnement, les renseignements se sont rendus à l'évidence que l'homme politique ivoirien n'est propriétaire d'aucun compte bancaire ni d'un quelconque bien, imposable, sur le territoire français. Ils découvrent, après un travail de longue haleine, qu'en 1993, alors qu'il était le tout puissant premier ministre d'Houphouët-Boigny, Alassane Ouattara a ouvert un compte spécial dans une banque parisienne. Notamment, à la City Bank Paris.
Ce compte a fonctionné régulièrement jusqu'au 30 octobre 1999, date à laquelle le titulaire a décidé de sa fermeture et du transfert de tous les fonds qui y étaient logés, à la ''City Bank Génève''. A cette date, ce compte classé rouge selon le jargon bancaire, géré par le fondé de pouvoirs, était créditeur à sa fermeture d'environ 9,5 milliards Fcfa. Il était alimenté par des fonds en provenance soit des Caraïbes, soit des Antilles anglaises, les paradis fiscaux attitrés.
Mais aussi des dépôts au guichet. L'analyse des mouvements sur ce compte entre 1996 et 1999 montre que les fonds qui y logeaient ne restaient jamais plus de trois à quatre mois en place. Ils étaient transférés vers d'autres destinations, au gré des placements effectués par l'ancien gouverneur de la Bceao. Ce compte géré par un haut responsable de la City Bank Paris faisait l'objet d'une attention toute particulière et aucune information ne pouvait être livrée si ce n'est dans le cadre d'une enquête comme celle menée par les grandes oreilles françaises.
En réalité, la City Bank Paris, une fois le compte fermé, n'en conserve aucune archive. Tous les documents et informations y afférents sont transférés pour partie, à l'agence où le compte est nouvellement domicilié, c'est-à-dire à la City Bank Genève. C'est là qu'un service centralisé va se charger de leur traitement et leur conservation.
Selon les investigateurs, Ouattara n'a fait à ce jour, aucune vente de patrimoine et n'a aucun enregistrement à son nom aux services des hypothèques de Paris, du Var et des bouches du Rhône. La plupart des biens où l'on retrouve ses traces sont la propriété de son épouse Dominique Nouvian et son fils Loïc Folloroux, né le 16 avril 1975 à Buhl en ex-République fédérale d'Allemagne.
Dominique Nouvian Folloroux comme Ouattara
C'est en 1990 que Dominique Nouvian, officialise devant le maire de Paris, sa relation amoureuse avec le premier ministre de Côte d'Ivoire d'alors, Alassane Ouattara. Alors qu'elle résidait dans le pays depuis de longues années et avait même à charge la gestion des biens immobiliers de l'Etat ivoirien tant à l'intérieur qu'à l'extérieur. Elle n'était donc pas une inconnue à Abidjan où elle s'est établie également Cocody Ambassades avant son mariage avec Ouattara.
Dans la capitale française, ''la blanche colombe'' habite avec son mari une résidence au 140, avenue Victor Hugo - Paris 16e. Son compte principal, de type spécial est repéré à la Société générale Paris, 29 BD Hausmann Paris 9e, n° 30003 0 3000 000 500 85 153/20, au nom de Nouvian Folloroux épouse Ouattara. Au moment de l'investigation qui remonte à quelque six mois, ce compte qui, selon toute vraisemblance, est la propriété du couple, était créditeur de plus de sept milliards de Fcfa.
Comme son époux, un compte où elle disposait de fonds énormes à la City Bank Paris, géré dans les mêmes conditions de confidentialité que celui de son époux, a été fermé. En même temps que celui-ci de Ouattara. Les fonds suivent le même trajet pour se retrouver dans la succursale de la City Bank de Genève. Pour échapper aux fiscs français. A sa fermeture, il contenait un peu plus de 4,2 milliards de francs Fcfa. Ainsi Dominique Ouattara, qui partage le rêve de son époux d'élire domicile un jour à la résidence présidentielle de Cocody, peut contribuer à forcer le destin à coups de billets de banque.
Tout en échappant à la dextérité des services de renseignements français qui ne manqueraient pas de lui demander des comptes concernant les flux financiers du compte en cas de décaissement de sommes faramineuses. La trouvaille est donc de taille et il fallait certainement être un économiste de la trempe de Ouattara pour faire tout ce montage. En outre, Mme Nouvian Folloroux Ouattara est propriétaire en nom propre de deux appartements de 126 m2 l'un et 142 m2 l'autre au 140, avenue Victor Hugo.
C'est l'un de ces appartements qu'elle occupe avec son époux quand la seconde est habitée par son fils Loic Folloroux. Ces biens immobiliers sont évalués à neuf cents millions de Fcfa , soit 48 millions pour le premier et 52 millions pour le second. Sous le nom de Dominique Nouvian, son nom de jeune fille, Mme Ouattara est également titulaire d'une propriété dans le Sud de la France, à Mougins (06) sur le front de mer au 598 chemin Pablo Picasso, référence cadastrale CD 26. Bâtie sur une superficie de 6.495 m2 avec piscine. Cette résidence qui est une propriété privée de Mme Ouattara est estimée à plus de 12 millions FF, soit 1,2 milliard de Fcfa; la taxe foncière à 28.306 FF (2 millions 830 mille 600 Fcfa) et la taxe d'habitation à 44.295FF ( 4 millions 429 mille 500 Fcfa).
C'est dans cette maison que réside le couple Ouattara et l'on ne peut savoir à ce jour si elle a été cédée ou non à l'ancien premier ministre. La vérité, c'est qu'il n'y a aucun document attestant qu'il en est le propriétaire. Toujours au titre des biens immobiliers, les renseignements français signalent une maison à Sanary sur mer, propriété des parents de Dominique Nouvian, qui revient à la famille Ouattara, d'une valeur estimée entre 2,5 et 3 millions, soit 250 à 300 millions de Cfa.
*Les affaires du couple
La seule entreprise de Madame Ouattara officiellement connue est l'Agence internationale de commercialisation immobilière (Aici.Sa) dont elle est le Pdg. Avec pour objet, selon ses statuts, la création et l'exploitation de tous les fonds de commerce d'agences immobilières, de négociation mobilière, immobilière et commerciale. Avec un capital de 5 millions FF, son siège est situé 124, avenue Victor Hugo Paris 16e. L'entreprise possède un compte bancaire à la Société générale également à l'avenue Victor Hugo.
Et en plus de ce compte, gros de plusieurs millions, et dont les opérations au moins à chiffres témoignent de la bonne santé de l'entreprise, Aici.Sa, qui a de nombreuses succursales à travers le monde, garde ses avoirs dans un compte secondaire logé à la banque Gallière, 38 rue Laffite, à Paris 9e. Cet autre compte est également créditeur de plusieurs millions. Le chiffre d'affaires de la société entre 1995 et 1998 montre bien qu'elle brasse des millions qui bénéficiait largement au trésor public français à travers les impôts sur le revenu et autres taxes à laquelle elle était soumise.
On note 3913 millions de FF (391,3 milliards de Fcfa) en 1995, 527,2 milliards de Fcfa en 1996, 539,1 milliards de Fcfa en 1997 et 692,0 milliards de Fcfa en 1998. Depuis 1999, date de l'ouverture de comptes bancaires à la City Bank Genève, les fonds générés à l'extérieur par Aici ne profitent plus à la France. Désormais, ils dorment dans les paradis fiscaux. Les actions de l'entreprise sont reparties entre trois entités qui ramènent unilatéralement à la famille Nouvian Folloroux Ouattara. La famille Folloroux se taille la part du lion avec plus de 50% des parts.
Alassane Ouattara, selon les chiffres, ne détiendrait que 22% des parts de l'entreprise quand d'autres Loïc Folloroux a à son actif plus de 25%. Tout naturellement, on retrouve comme administrateurs de Aici.Sa, outre Dominique Ouattara, le Pdg, Mme Nouvian Véronique épouse Cornuel qui s'est remariée le 8 août 1992 avec M. Padovany Marcel Hubert, après avoir divorcé de son premier époux.
Sur la liste, figurent également les noms de Folloroux Loïc et d'Alassane Ouattara. En somme, une affaire familiale qui emploie une quinzaine de personnes mais brasse des fonds énormes. Surtout en vendant et rachetant par des circuits détournés des biens immobiliers de l'Etat ivoirien principalement dans la période où le chef de famille était aux affaires à Abidjan.
A travers notamment l'opération de privatisation qui devrait servir à renflouer les caisses de l'Etat, des biens immobiliers de l'Etat se retrouveront en grand nombre dans l'escarcelle de M. et Mme Ouattara par le biais de prête-noms et autres sociétés écrans.
Les entreprises écrans
Il faut noter également que Aici.Sa de Madame Ouattara est propriétaire à 100% de la Sarl Malesherbes Gestion, au capital de 1 million FF, soit 100 millions Fcfa, et dont le siège est situé à 3 rue Mérimée Paris 16e. Cette société spécialisée dans la gestion d'immeubles résidentiels emploie une vingtaine de personnes avec des chiffres d'affaires largement supérieurs à ceux de Aici.Sa sur la même période de 1995 à 1998. Respectivement, on a 652,8 milliards Fcfa en 1995 ; 726,3 en 1996 ; 709,5 en 1997 et 812,6 milliards Fcfa en 1998.
Madame Ouattara dont les biens se confondent ainsi à plusieurs niveaux avec ceux de son époux est aussi propriétaire de Radio Nostalgie Afrique dont le siège est basé 22, rue Boileau Paris 16e, avec un capital de 2.500.000 FF, soit 250 millions Fcfa. De cette entreprise dont Ahmed Bakayoko, actuel ministre des Nouvelles technologies de la communication sous la bannière du Rdr de Dramane Ouattara, est l'un des administrateurs, découle Radio Nostalgie Côte d'Ivoire. Notons que cette radio, dans sa volonté de défendre la cause de l'homme politique, a souvent eu maille à partir avec les population abidjanaises.
En outre, madame Ouattara est titulaire de franchises Jacques Dessanges, des espaces très fréquentés, aux Etats-Unis et particulièrement à New York. Ces quelques structures qui ont été repérées, exerçant dans les secteurs les plus divers et ayant un lien direct ou indirect avec les Ouattara, leur permettent de blanchir des fonds provenant de pratiques illicites. Dans le même but, Dominique Nouvian a eu la géniale idée de créer l'association ''Children of Africa'' dont le siège est à New York avec des bureaux à Paris, dans les locaux de Aici.Sa et à Abidjan.
Cette structure humanitaire est un maillon essentiel dans le procédé assez complexe pour faire circuler, loin de tout soupçon, l'argent sale. Fait remarquable, indique le document des renseignements généraux français, c'est Dramane Ouattara en personne qui est le représentant légal de ''Children of Africa'' en France. Et comme par hasard ( ?) le compte principal de l'Ong est logé à la City Bank de New York.
Dans l'impossibilité de trouver des éléments de réponse à certaines questions relatives aux ramifications entre Aici.Sa, Children of Africa et l'homme politique ivoirien, la Dgse aurait décidé de poursuivre les investigations dans ce sens. Afin de mettre au grand jour les pratiques par lesquelles des fonds devant alimenter les caisses de l'Etat français lui échappent, par le bien de l'Ong.
Un Israélien comme homme lige
Renseignés sur le fonctionnement des paradis fiscaux et judiciaires, dotés de systèmes très complexes qui ont pour but d'empêcher la localisation de fonds d'origine illicites, les agents des services secrets français ont passé au peigne fin les opérations menées sur les différents comptes dont l'existence a été révélée.
Mais aussi toutes les actions menées sur des comptes soupçonnés d'avoir un lien direct ou indirect avec les Ouattara. Ils ont fini par se rendre compte, souligne une source, que Ouattara s'est offert les services d'un Israélien rompu aux arcanes de la haute finance. Du nom de Midale Simon, ce proche du couple, expert comptable ou avocat de formation, largement rémunéré pour ses services, est le patron visible de l'empire financier frauduleux des Ouattara.
Toujours entre deux avions, il est soit en déplacement pour exécuter les ordres de son employeur et séjourne régulièrement à Abidjan, Genève, Tel Aviv (Israël), dans les îles Caraïbes, dans les îles anglaises et aux Etats-Unis. L'Elysée et Matignon en sont persuadés, Midale Simon est le gestionnaire des avoirs de Alassane Ouattara dans les paradis fiscaux. Très discrets, les renseignements de l'Hexagone notent que l'homme a le profil de l'emploi et joue bien son rôle en tant que prête, nom. Mais pendant combien de temps encore Ouattara pourra-t-il continuer de se cacher derrière ses sociétés écrans et autres prête-noms pour continuer de ne pas payer des impôts au fisc français ?
Trois mois avant le coup d'Etat de 1999
Néanmoins, des indices existent, qui permettent d'établir un lien entre la fermeture du compte de Ouattara en France, le transfert de ses fonds dans les paradis fiscaux où la confidentialité sur les mouvements financiers est très rigide, et les événements marquants de la Côte d'Ivoire post Houphouët-Boigny. En octobre 1999, la guerre ouverte entre les héritiers Bédié et Ouattara atteint son point culminant.
En effet, courant juillet 1995, l'ancien premier ministre décide de quitter son poste de directeur général adjoint du Fonds monétaire international (Fmi). Il annonce son retour en Côte d'Ivoire où il compte disputer à Henri Konan Bédié le fauteuil présidentiel qu'il n'avait pu accaparer par la force à la mort de Houphouët-Boigny. Il s'en suit un mandat d'arrêt lancé contre lui par le pouvoir en place, pour ''faux sur l'identité et usage de faux documents administratifs''. Ouattara qui avait certainement mûri son idée avant d'annoncer son départ du Fmi ne se laissera pas pour autant intimider, lançant à maintes reprises des menaces à peine voilées à celui qui est aujourd'hui son allié dans le cadre du Rhdp.
''Lorsque je déciderai de frapper ce pouvoir, il tombera'', ne cessait-il de répéter. Le 24 décembre 1999, c'est chose faite. Bédié est renversé par le général Guéi et Ouattara se fait présenter comme étant le nouveau président de la République de Côte d'Ivoire dans l'avion qui le ramène de Paris où il vivait en exil. Les mois qui suivent, les Ivoiriens finiront par se rendre à l'évidence qu'il était le véritable commanditaire de ''la révolution des œillets'' version ivoirienne.
Le choix des paradis fiscaux pour loger ses avoirs en France dès octobre 1999, soit moins de trois mois avant l'entrée en scène du général Guéi et ses jeunes gens, n'était donc pas fortuit. Les renseignements généraux français qui avaient choisi jusque-là de fermer l'œil sur les activités des Ouattara indiquent même clairement dans leur rapport que ce sont ces fonds qui ont servi à fomenter le coup d'Etat. Et au- delà, la quasi-totalité des actes attentatoires à la sûreté de l'Etat, particulièrement le coup d'Etat manqué de septembre 2002 qui a engendré la rébellion. Avec le soutien de la France alors dirigée par Chirac qui vouait une haine viscérale à Laurent Gbagbo.
Enrichissement illicite !
Une manne, nous l'avons souligné, constituée parfois dans des conditions irrégulières et gardée dans les paradis fiscaux à travers le monde. Son passage à la tête du gouvernement entre 1990 et 1993 avait été déterminant pour l'ancien gouverneur de la Banque centrale des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Bceao) qui profitera de la maladie du président Houphouët-Boigny pour pomper les caisses de l'Etat.
Premier ministre et ministre de l'Economie et des Finances, les recettes des différentes régies financières, y compris le trésor public, convergeaient vers la Primature où le seul maitre à bord du navire Ivoire à cette époque, se servait à sa guise. Lui seul avait la maitrise du mécanisme mis en place pour la gestion de ces ressources. Une bonne partie de cet argent échappera totalement à l'Etat, transportée en Europe de façon régulière par l'ancien premier ministre.
Le prétexte était tout trouvé : l'hospitalisation du chef de l'Etat agonisant dans les hôpitaux français, puis en Suisse. Les fréquentes visites à son cheveu permettront, en tout cas, à Ouattara de disposer dans des comptes ouverts dans les banques européennes des centaines de milliards. Il avait pourtant été appelé à la rescousse par le vieux pour assainir les caisses de l'Etat.
Tous ces fonds ont été convoyés, nous le signifions, hors du pays et placés dans les paradis fiscaux. Avec les investigations menées par les renseignements français au sujet des Ouattara, on peut le dire, le voile se lève progressivement sur les origines des fonds dont Ouattara se sert pour mettre sans cesse à mal la sureté de l'Etat ivoirien depuis plus d'une décennie. Il se bat bec et ongles pour s'installer au palais présidentiel du Plateau. N'hésitant pas à combattre une rébellion qu'il a lui-même élevée contre la République.
Pourquoi maintenant ?
La célérité avec laquelle une enquête a été commanditée par le président français au sujet de Ouattara et son épouse soulève des interrogations. Surtout que Nicolas Sarkozy fut le témoin de mariage de Dramane Ouattara avec qui il a beaucoup d'amis en commun. A son arrivée à l'Elysée, le président du Rdr et le Rhdp avaient jubilé, voyant en Sarko celui qui viendrait parachever l'œuvre de Chirac.
Tout est parti du fait que l'opposant politique échappe aux fichiers des services des impôts de la France dont il se targue d'être un allié. C'est donc pour avoir le cœur net sur cette question, au moment où les élections approchent à grands pas en Côte d'Ivoire, que le président français instruit les services de renseignements français. Une tâche qui ne sera pas au-dessus des moyens des services secrets français qui avaient déjà mené pareille investigation sur Ouattara, du temps de la transition militaire du général Guéi Robert.
Le dossier avait été déposé en son temps sur la table de Jacques Chirac qui avait préféré le mettre dans le fond de son tiroir. Il est remis au goût du jour. Avec de nouvelles annotations qui tiennent compte de la réalité du moment. Et dont le contenu est clair sur le clair- obscur qui entoure les relations que Ouattara entretient avec la France. Sous le prétexte des visites donc au Bélier de Yamoussoukro dont l'état de santé préoccupait la nation tout entière, Ouattara fera sortir du pays des fonds énormes. Sans avoir à rendre compte à qui que ce soit.
Chaque semaine, il prenait la destination de l'Europe où il planquera son butin dans les paradis fiscaux. Des personnes qui ont participé à ces opérations de transferts de fonds et que nous avons pu rencontrer dans le cadre de nos investigations sont convaincues que ce sont des centaines de milliards qui ont été ainsi emportés entre 1993 et 1994. Le général Abdoulaye Coulibaly, (né à Adjamé, originaire de Banfora, Burkina, et non de Korhogo, contrairement à un autre Général Coulibaly de Korhogo, issu de la famille Gbon) qui était le pilote d'Houphouët-Boigny, à en croire ces témoins des faits dont certains travaillaient à Codival, est bien placé pour dire la destination de ces fonds.
Décembre 1993, Houphouët- Boigny décède ... mais Ouattara peut désormais jouir de la manne importante dont il dispose, logée dans les banques suisses, dans la principauté de Monaco, au Luxembourg... Avec la dévaluation, les montants emportés deviennent deux fois plus importants. Du simple au double.
Dans sa tentative de faire main basse sur le pouvoir par tous les moyens, y compris les coups d'Etat, il n'hésitera pas à s'en servir". "En dehors des fonds emportés des caisses de l'Etat, qui ont permis à Alassane Ouattara d'ouvrir des comptes dans les paradis fiscaux, Ouattara dispose de biens immobiliers et autres à travers le monde. Des biens acquis pour la plupart avec l'argent volé dans les caisses de l'Etat.
Avec le concours de Mme Dominique Nouvian Folleroux, la patronne de l'Agence internationale de la commercialisation immobilière (Aici) qui deviendra plus tard son épouse, de nombreuses réalisations du patrimoine de l'Etat passeront aux mains de Ouattara. Contre un franc symbolique ou moyennant des sommes en deçà de la valeur des biens ainsi frauduleusement acquis". Exemple : leur appartement du boulevard Suchet à Paris appartenait à Houphouët. "Hors de la Côte d'Ivoire, il faut dire que le leader du Rdr a acheté à des millions de dollars en Haïti une vaste plantation de canne à sucre. Cela, sur conseil de son parrain, feu Grégoire Yacé Philippe.
Aussi possède-t-il des bateaux commerciaux qu'il s'est offerts après son départ de la primature, qui lui rapportent énormément. Au Burkina Faso, il détient une cimenterie rachetée et qui n'est pas le seul bien à son actif dans ce pays. Mais c'est au pays d'El Hadj Oumar Bongo que se concentrent la plupart de ses biens. Un parc maritime et des biens de natures diverses à son nom sont dans ce pays de l'Afrique centrale où l'ex-chef de l'Etat Omar Bongo qui se présentait comme son parrain lui faisait de nombreuses faveurs.
Par ailleurs, le fonctionnaire international qui a des liens solides dans le milieu de la haute finance depuis Dakar, se livre au blanchiment d'argent. Ayant une parfaite maitrise des flux financiers à travers le monde, l'ancien premier ministre se sert de structures écrans pour se livrer à des activités pour le moins répréhensibles. Ainsi, derrière les actions de haute portée humanitaire dont l'Ong Children's of Africa, qui est une propriété de son épouse peut se vanter, circule de l'argent sale.
Le circuit que suit ce réseau est tellement complexe et bien pensé qu'il serait impossible à n'importe quel spécialiste de la lutte contre le blanchiment d'argent d'épingler l'Ong. De nombreuses sociétés exerçant dans les secteurs les plus divers, donc beaucoup d'affaires et de sous, se cachent en tout cas derrière le choix des Ouattara de s'adonner à une activité humanitaire. Outre Children's of Africa, il y a Jacques Desange. Et une autre structure comme l'International institute for Africa (Iia) basée à Washington, avec délusion entre Ouattara et cette société. Elle a été mise sur pied depuis son passage à la Primature et a pour mission essentielle de financer de façon subtile les activités subversives du leader politique et de faire du lobbying à son profit dans certains cercles.
Mais bien entendu, cette structure de droit américain tire ses revenus du recyclage de l'argent sale en provenance de pays sous embargo. A l'image du Liberia et de la Sierra Leone où la vente de diamant et d'or a été longtemps interdite par le conseil de sécurité de l'Onu. Au pays où il a vécu de longues années en tant qu'étudiant puis directeur général adjoint du Fmi, il a pu intégrer les réseaux mafieux de vente d'armes et c'est par des sociétés écran telles l'International institute for Africa (Iia) qu'il a armé sans discontinuer les auteurs des coups d'Etat à répétition qui déboucheront sur une rébellion après un énième échec en septembre 2002." Le président du Rdr dispose de plusieurs comptes dans les paradis fiscaux et des pays comme la France et les Etats-Unis où il a des intérêts.
En Suisse et à Luxembourg particulièrement, on dénombre au total six comptes où s'effectuent des opérations de diverses natures. Selon qu'il s'agisse d'une activité lucrative ou d'une autre se rapportant à ses activités politiques ou subversives. Dans ce dernier cas, c'est l'International institute for Africa (Iia) qui est actionnée. Cette structure qui est sa propriété comme nous l'avons déjà indiqué plus haut, détient un compte à la Dexia Banque internationale à Luxembourg sise à 69 rue d'Esch, L-2953 Luxembourg. ''Dexia Banque internationale à Luxembourg est une banque à vocation résolument européenne. Le compte de Alassane Dramane Ouattara dans cette banque date de juillet 1999.
Et le fait qu'il porte le nom de la société de droit américain ne doit pas étonné car il s'agit d'une société écran. Le vrai propriétaire du compte est bel et bien Alassane Ouattara comme ont pu le confirmer des hauts cadres de l'établissement bancaire qui ont requis l'anonymat pour des raisons de confidentialité. A en juger par sa date de création, on se rend bien compte que c'est au moment où il démissionnait de son poste de directeur général adjoint du Fmi. Il annonça dans la même période son désir de rentrer en Côte d'Ivoire pour y prendre part à la vie politique. Surtout, il envisageait de se présenter à la présidentielle. Quelques mois après, soit en décembre 1999, alors qu'il venait de dire publiquement qu'il allait attenter à la sureté de l'Etat, une banale mutinerie emportera le pouvoir Bédié".
Dossier réalisé par
Safiatou Ouattara et Alain Pierre à Paris
Article mis à jour le 01/09/2009.
2 - Main basse sur le cacao
[Bibliothèque d’auteurs] Pascal Airault
Pascal Airault est journaliste à Jeune Afrique depuis fin 2003. Véritable touche-à-tout, il couvre l’actualité économique, politique et sociale de l’Afrique de l’Ouest et de l’Afrique centrale, mais aussi du Maroc et de certains pays d’Amérique latine.
Main basse sur le cacao
11/08/2010 à 17h:06 Par P. Airault, avec S. Ballong et B. Mieu à Abdjan

Une grande partie des stocks mondiaux ont été vidés par le dernier achat de la société Armajaro © AFP
La spéculation record de l’anglais Anthony Ward tient en haleine les acteurs de la filière. Comment le premier pays producteur de fèves va-t-il faire face à ce nouveau défi ? Enquête.
Le caricaturiste du Financial Times le croque en deus ex machina chauve, le regard noir, tenant dans sa main une tablette de chocolat griffée du sigle du dollar américain. Anthony Ward, alias « Chocolate Finger », tient en haleine tout le petit monde du cacao, du producteur ivoirien au chocolatier suisse, depuis une quinzaine de jours.
À 50 ans, le patron de la société londonienne Armajaro, impliquée dans la production, la transformation et le négoce de cacao, vient de réaliser un « corner », comme disent les spécialistes, c’est-à-dire une raréfaction de l’offre destinée à faire monter les prix. Pour cela, Ward a acheté, le 16 juillet, 240 100 tonnes de fèves, soit 6,3 % de la production annuelle mondiale et 15 % des stocks mondiaux. Il ne resterait plus actuellement que quelques milliers de tonnes stockées dans le monde. Du coup, les cours se sont envolés pour atteindre leur plus haut niveau depuis 1977, à 2 730 livres la tonne (environ 3 264 euros), contre 2 200 six mois plus tôt. De quoi provoquer l’émoi en Côte d’Ivoire et au Ghana (60 % de la production mondiale) et une grosse colère des chocolatiers, qui vont vraisemblablement devoir payer au prix fort leur approvisionnement.
Dans une lettre adressée le 2 juillet au responsable de la Bourse anglaise, le Liffe, 16 industriels se sont plaints de l’opacité qui règne autour de ces mouvements spéculatifs. Ils menacent de claquer la porte en se tournant vers le marché à terme de New York, bien plus transparent : aux États-Unis, les négociants doivent justifier de la totalité de leurs stocks de produits auprès des autorités boursières. Alors qu’en Europe le Liffe n’impose pas aux négociants de déclarer plus de 37 % de leur marchandise.
(cliquer pour agrandir)[TRADUIRE LES PHRASES SOULIGNÉES DANS LE DOCUMENT]
Le patron du Liffe a démenti toute opération de manipulation, mais a promis d’apporter plus de transparence à l’avenir. C’est une des revendications de l’Organisation internationale du cacao (Icco), organe de consultation rassemblant pays producteurs et consommateurs, qui rédige actuellement un rapport sur le fonctionnement des marchés à terme. Cette question devrait être examinée à la mi-septembre lors de l’assemblée bisannuelle qui se tiendra à Londres. Les dirigeants de l’Icco ont par ailleurs rencontré le président du premier pays producteur de cacao, Laurent Gbagbo, le 15 juillet à Abidjan, pour le tenir informé de leurs activités et des mouvements spéculatifs. Un président soucieux que les marges commerciales sur le cacao reviennent davantage aux opérateurs nationaux qu’aux spéculateurs.
Coup de poker
En attendant, les analystes se perdent en conjectures sur le coup de poker d’Anthony Ward. On pense que le Britannique, qui a dépensé près de 1 milliard de dollars pour cet achat, aurait déjà revendu une partie de son stock – 100 000 t – à son concurrent suisse Barry Callebaut pour se couvrir. « Si ce n’est pas le cas, il prend un risque énorme, explique un spécialiste du Liffe. Si les cours s’effondrent, il va manger son chapeau. » Et le risque d’une chute des prix est bien réel. Car après trois années de déficit de l’offre, la récolte mondiale devrait augmenter de 6 % en 2010-2011. En Côte d’Ivoire, on s’attend déjà à une production totale de 1,35 million de t pour cette saison, soit 50 000 t de plus que lors de la dernière campagne. Et les premières fèves de la prochaine campagne devraient rapidement arriver à maturité, rendant disponible le produit dès le mois d’octobre.
Ward mise vraisemblablement sur l’engagement des industriels à court terme. Il sait que le cacao de fin de saison au Ghana et en Côte d’Ivoire (récolte de la petite campagne d’avril à septembre, environ 400 000 t pour les deux pays) est de mauvaise qualité en raison des fortes précipitations enregistrées ces dernières semaines. Du coup, on reparle de la pourriture brune, une maladie qui ronge les cabosses.
Certains avancent une autre hypothèse. Ward disposerait d’informations inédites sur l’évolution de la situation politique en Côte d’Ivoire. Le pays va entrer dans une période incertaine à partir du mois d’août. Le pouvoir et l’opposition devront d’abord se mettre d’accord sur la liste électorale définitive avant d’engager le bras de fer final devant mener à l’élection présidentielle, attendue en octobre.
Ward a plutôt le nez fin d’habitude. De fin 2001 à août 2002, il a beaucoup spéculé sur le cacao, en finissant par acheter 203 000 t de fèves. Le produit a flambé après le coup d’État de septembre 2002 en Côte d’Ivoire. Repoussés d’Abidjan, les rebelles se replient sur Bouaké avant de progresser à l’ouest du pays, paralysant les sorties de cacao au port de San Pedro. La tonne avait alors atteint 1 600 livres, contre 1 000 en janvier 2002. Les bénéfices d’Armajaro avaient alors été estimés à plus de 60 millions de dollars (environ 62 millions d’euros à l’époque). « Ward tente régulièrement des coups, confie un ancien cadre du groupe ivoirien Sifca. Il était venu nous voir à la fin des années 1990 pour nous proposer d’acheter l’essentiel de la production ivoirienne. On avait refusé. »
Le mystérieux Mister Ward
Fils de militaire, Anthony Ward a grandi au cœur de l’establishment britannique et fréquenté le Marlborough College, l’une des écoles privées les plus prisées du royaume. Mais le jeune homme ne manifeste pas un enthousiasme débordant pour les études, qu’il stoppe à l’âge de 17 ans. En 1980, il intègre la firme de courtage américaine EF Hutton et commence à s’intéresser au cacao. Il sera aux premières loges entre 1988 et 1990 pour assister à la guerre du cacao entre le Français Serge Varsano, de Sucres et Denrées (Sucden), et son compatriote anglais Derek Chambers, qui travaille chez le courtier américain Phibro, filiale de Salomon Brothers. À l’époque, les deux hommes se livrent une guerre sans merci pour avoir accès à un Houphouët-Boigny vieillissant et le convaincre de leur vendre la récolte ivoirienne.
Ward va rapidement rejoindre Chambers chez Phibro, où il prend la tête des achats de café et de cacao, et devient l’un des meilleurs connaisseurs du marché. Ce qui ne l’empêche pas de faire des erreurs. En 1996, il tente un premier achat massif de 300 000 t en misant sur une mauvaise campagne agricole ivoirienne. Il se trompe et perd beaucoup d’argent.
Mais il ne se décourage pas et fonde en 1998 la société Armajaro. Aujourd’hui, celle-ci compte plus de 2 000 employés et a réalisé un chiffre d’affaires de 1,29 milliard d’euros l’an dernier. La société est implantée au Ghana, au Nigeria, en Côte d’Ivoire, en Sierra Leone, au Kenya, en Tanzanie, en Ouganda et dans plusieurs pays d’Asie. Le pur trader, qui finance ses achats massifs par plusieurs fonds d’investissement, s’est progressivement lancé dans la production et la transformation. Il a racheté le 28 juillet dernier la société Theobroma, qui produit du chocolat certifié bio, et possède notamment des usines aux Pays-Bas et au Nigeria. Auparavant, il travaillait avec le géant asiatique Petra Foods, à qui il vient de revendre ses parts dans la transformation.
Armajaro négocie annuellement entre 400 000 t et 500 000 t de cacao, soit un septième de la récolte mondiale, et a développé des projets avec 45 000 planteurs ghanéens et 50 000 ivoiriens. Il possède un réseau de stations météo en Afrique de l’Ouest et déploie chaque année des équipes de recherche pour faire de la prévision (comptage des cabosses sur les arbres, maladie du cacaoyer, pluviométrie…). De quoi se faire une idée précise des récoltes à venir. Et avoir un avantage sérieux sur ses rivaux.
De la politique au business
Mais l’ambitieux « Chocolate Finger » n’a pas pour autant bonne presse. En avril dernier, le Ghana Cocoa Board, organe étatique de gestion de la filière, a suspendu ses activités à l’ouest du pays en l’accusant de transférer frauduleusement du cacao vers la Côte d’Ivoire. Après les événements de septembre 2002, certains l’ont même suspecté d’avoir financé la rébellion ivoirienne pour faire monter les cours. Il s’en défend, et aucune preuve n’a jamais été apportée. Il faudra néanmoins l’intervention du député Ben Soumahoro pour renouer le lien entre les représentants d’Armajaro et le chef de l’État.
Ward essaie d’avoir de bonnes relations avec les hommes politiques ivoiriens de toutes obédiences. Amateur de bonne chère et de bon vin (il possède des vignes en Afrique du Sud), ce taiseux préfère les rencontres et dîners discrets aux grand-messes médiatiques. Dans les années 1990, il voyait régulièrement plusieurs caciques du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) et était souvent associé aux activités cacaoyères de Daniel Usher, le fils d’Arsène Assouan Usher, un baron du parti au pouvoir. Mais les deux partenaires ne se sont pas entendus longtemps dans les affaires…
Après l’élection de Gbagbo, il s’est rapproché des refondateurs comme Paul Antoine Bohoun Bouabré, à l’époque grand argentier du pays. Et depuis la signature des accords de Marcoussis, en janvier 2003, il entretient également de bonnes relations avec les Forces nouvelles (FN). On l’a vu aux côtés du Premier ministre, Guillaume Soro, lors du dîner annuel de la Fédération du commerce du cacao, en mai 2009, à Londres.
Le Britannique possède surtout dans son équipe une carte maîtresse en la personne de Loïc Folloroux (voir interview), son directeur Afrique, fils de Dominique Ouattara, l’épouse du patron du Rassemblement des républicains (RDR), Alassane Ouattara, candidat à la prochaine présidentielle. Ward est allé chercher le jeune homme chez le négociant anglais ED & F Man en septembre 2005. Folloroux, 35 ans, a grandi en Côte d’Ivoire avant de poursuivre ses études aux États-Unis, où il a travaillé pour la banque Merrill Lynch. Sa première tâche, en arrivant chez Armajaro, a été de reprendre toutes les opérations de sourcing (achat) qui étaient déficitaires. Puis il a diversifié les activités (cacao, café, sucre) et travaille actuellement à l’ouverture de nouvelles filiales au Cameroun et au Liberia.
Folloroux défend l’agriculture durable et les petits paysans. Mais ces derniers voient surtout la spéculation d’Armajaro. « Nous ne bénéficions pas des retombées financières de la bonne tenue des cours mondiaux, explique Moussa Zoungrana, président de l’Association pour le renforcement des capacités des entreprises coopératives de café et du cacao (Arceccc). Les planteurs ont déjà vendu l’essentiel de leur production et ne disposent pas de moyens pour faire de la rétention de leur marchandise en attendant le bon moment pour écouler leurs stocks. » Pour les transformateurs ivoiriens, la hausse des cours est également pénalisante. Ils s’approvisionnent généralement lors de la petite campagne pour faire tourner leurs usines. Or la hausse du cours du produit réduit leur compétitivité.
Vers une réforme
À Abidjan, les conseillers cacao du président s’intéressent de très près à l’évolution de la situation. La nouvelle opération menée par Ward les conforte dans leur volonté de reprendre en main la filière. Sous la pression des bailleurs de fonds et des multinationales comme Cargill et ADM, les autorités ivoiriennes ont libéralisé la filière à partir de la fin des années 1990. Mais la transition politique chaotique a entraîné des dérives profondes. L’encadrement des planteurs n’est plus assuré, les pistes se sont détériorées et la commercialisation du produit donne lieu à de sévères bagarres entre négociants. Une trentaine de responsables des organes de gestion de la filière doivent être jugés en octobre pour avoir détourné l’argent des planteurs.
De tout temps, l’argent du cacao a suscité tous les fantasmes. Il est accusé d’avoir servi de caisse noire aux régimes successifs pour financer leurs opérations politiques. Le journaliste Guy-André Kieffer, qui a enquêté sur le sujet, est porté disparu depuis avril 2004. L’inspecteur des finances François Kouadio, auteur d’un rapport très critique en juillet 2002, vit aujourd’hui reclus à Paris. Quant à l’avocat parisien Xavier Ghelber, il a failli ne pas revenir de sa mission d’audit du cacao ivoirien, en novembre 2004. Enlevé par des hommes armés à l’hôtel Ivoire et menacé de mort, il sera finalement remis aux militaires français. Depuis le mois de février 2009, le président Gbagbo a confié au Comité chargé de la réforme de la filière café-cacao (CRCC), dirigé par sa conseillère Géraldine Odehouri-Brou, le soin de proposer une réorganisation des activités. Ce comité a rendu ses propositions en mars dernier. En lieu et place des cinq anciens organes de gestion, convaincus de détournements, le CRCC prône la mise en place d’un Haut-Commissariat du café et du cacao, rattaché à la présidence de la République. Composé de sept membres, il sera le superviseur de la filière. Le CRCC prévoit aussi un Organe de gestion de la filière chargé des aspects de production, commercialisation et promotion. Les autorités souhaitent aussi réinstaurer un système de vente à terme des produits et créer une Chambre des producteurs de café-cacao. Elles affichent la volonté de transformer 50 % du cacao et 30 % du café sur le territoire national d’ici à 2015. Objectif final : accroître les bénéfices des opérateurs nationaux, du producteur à l’industriel. Pour Gbagbo, la Côte d’Ivoire doit retrouver sa souveraineté sur le cacao. « Chocolate Finger » l’a bien compris, qui investit massivement dans le pays pour continuer à jouer avec la petite fève nationale sur le marché de Londres.
11/08/2010 à 17h:31 Par Alain Faujas
En misant 1 milliard de dollars sur le cacao, Anthony Ward est-il le joueur fin connaisseur du marché, le « Choc Finger » que décrivent ses amis ? Ou bien doit-on le ranger dans la catégorie des vils spéculateurs, une sorte de Goldfinger sans foi ni loi – référence au « méchant » des films de James Bond –, tel que le dépeignent les chocolatiers ? Le débat est lancé.
Son pari est-il légal ? Oui, aucun règlement du Liffe, le marché londonien, n’interdisait à Anthony Ward d’acquérir discrètement des contrats à terme sur le cacao, depuis des mois. Il est vrai que cela ne lui aurait pas été possible à New York, où les autorités du marché sont plus sévères en termes de transparence et de risques pris par les investisseurs.
À Londres, autorités de régulation de marchés, traders, analystes et journalistes jugent que « Choc Finger » a bien joué en rachetant des fèves qu’il revendra avec un beau bénéfice si la pénurie fait monter les prix pour cause de mauvaise récolte et/ou de troubles politiques en Côte d’Ivoire.
Son pari est-il dangereux ? Pour les consommateurs, les dégâts seront minimes, car le cacao ne pèse que 10 % dans le prix de la tablette de chocolat. Pour les chocolatiers, il en sera autrement : eux qui se tournaient vers le marché à terme pour se prémunir contre une hausse des prix de la fève sont soit à la merci des mouvements erratiques des prix dus à la volatilité des marchés perturbés par Ward, soit à la merci des exigences de celui-ci. Les mastodontes comme Barry Callebaut ou Nestlé vont devoir payer.
Son pari est-il utile ? Il peut l’être, car les planteurs ivoiriens pourraient profiter de la hausse de leurs prix bord champ. Ils seront incités à mieux entretenir leurs plantations, qu’ils ont tendance à délaisser en raison de leur faible rémunération – ils perçoivent seulement 40 % du prix mondial du cacao, quand leurs confrères ghanéens en touchent habituellement 80 %.
Demeure le danger de la volatilité. Si les marchés se retournaient, comme cela se produit souvent en cas de hausse trop rapide, les planteurs seraient sans protection face à un effondrement des prix, les structures de régulation et de compensation ayant été démantelées, sauf au Ghana.
Son pari est-il immoral ? Comme toute spéculation. Celle-ci ne crée rien et prélève sans contrepartie des sommes disproportionnées sur un petit marché (3,5 millions de tonnes par an) comme celui du cacao. Anthony Ward a de bonnes chances d’empocher des dizaines, voire des centaines de millions de dollars, un gain scandaleusement astronomique au regard de la pauvreté de nombreux planteurs africains qui triment dur pour quelques poignées de francs CFA.
Loïc Folloroux : "Armajaro condamne toute activité de fraude et de détournement de cacao"
11/08/2010 à 17h:35 Par Propos recueillis par Pascal Airault
Directeur Afrique du groupe Armajaro Trading Limited
Jeune Afrique : Pourquoi avoir réalisé cette opération d’achat de 240 100 t sur le marché à terme du Liffe cacao ? Est-il vrai que vous avez déjà revendu une partie des fèves au suisse Barry Callebaut ?
Loïc Folloroux : Nous n’avons pas l’habitude de commenter dans la presse des opérations spécifiques de trading.
Hormis les activités de spéculation sur le marché à terme du cacao, que vous ne souhaitez pas commenter, quelles sont les activités du groupe Armajaro en Afrique ?
Armajaro est reconnu comme l’un des leaders mondiaux de l’approvisionnement de cacao et de café, avec des structures d’achat et d’exportation dans tous les principaux pays africains producteurs. Ce qui fait de nous l’un des partenaires préférés des grands chocolatiers et de plusieurs torréfacteurs. Nous travaillons, en collaboration avec ces derniers et des ONG, sur la formation et l’équipement des paysans en Côte d’Ivoire, au Ghana, au Nigeria, en Sierra Leone et au Cameroun. En Côte d’Ivoire, nous avons formé et équipé 40 000 paysans en cinq ans, qui livrent aujourd’hui du cacao certifié Rainforest [respectueux de la biodiversité et des moyens de subsistance des producteurs, NDLR]. Ces programmes labélisés « agriculture durable » permettent aux producteurs d’avoir un meilleur revenu. Ils reçoivent, d’une part, une prime importante de « durabilité » sur chaque kilo vendu et, d’autre part, ces programmes leur permettent d’accroître leur productivité et leur qualité. Nous sommes aujourd’hui le leader sur le marché du « cacao durable » et participons avec les chocolatiers à des programmes d’investissements sociaux majeurs, qui ont pour but d’améliorer les conditions d’existence des communautés villageoises, particulièrement en matière de santé et d’éducation.
Quelle quantité avez-vous achetée depuis le début de la campagne cacaoyère en Afrique de l’Ouest ? Nous avons acheté 300 000 t en Afrique de l’Ouest à l’occasion de cette campagne, qui a démarré en octobre 2009, ce qui est une quantité normale pour notre activité et similaire à deux ou trois autres gros exportateurs de cacao.
Que répondez-vous au Ghana Cocoa Board (Cocobod), qui a accusé une partie de votre équipe locale d’avoir détourné des fèves ghanéennes vers la Côte d’Ivoire ?
Nous travaillons en ce moment avec le gouvernement ghanéen et le Cocobod au règlement de cette question. Armajaro condamne toute activité de fraude et de détournement de cacao, et nous participons d’ailleurs, en partenariat avec le Cocobod, à une campagne contre l’évasion illégale de cacao.
3 - Appel à la CEDEAO
Appel à la CEDEAO
« Vos peuples sont en danger. Ne vous trompez pas de guerre !»
La situation insolite et inédite de deux « Présidents » et deux « gouvernements » à la tête de la même Côte-d’Ivoire est certainement déconcertante. Mais bien plus préoccupante est la conformité de vues entre les dirigeants des pays membres de la Communauté Economique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et le reste de la « communauté internationale » sur les sanctions à infliger au Président Laurent Gbagbo, dont le recours à la force, s’il refuse de céder le pouvoir à Alassane Dramane Ouattara.
La CEDEAO mettra-t-elle cette dernière menace à exécution en assumant ainsi, de manière ouverte, le rôle de bras armé de l’impérialisme collectif qui se cache derrière l’appellation pompeuse et trompeuse de « communauté internationale » ?
La paix en Côte d’Ivoire et en Afrique, d’une manière générale, est au prix de la lucidité, de la solidarité et du courage politique dont nos dirigeants feront preuve dans un monde globalisé injuste et violent.
Nous tenons à rappeler aux chefs d’État africains qu’ils se trompent d’ennemi et de guerre pour les raisons suivantes, valables pour la quasi totalité de nos pays :
1 – L’échec notoire du système électoral prôné
Il y a dix ans, dans la Déclaration de Bamako sur la Démocratie, les Droits et les Libertés en date du 03 novembre 2000, les Ministres et les Chefs de délégation des États et gouvernements ayant le français en partage relevaient, en plus des « acquis indéniables », des insuffisances et des échecs qui ont pris aujourd’hui des proportions alarmantes. Ils ont pour noms : « récurrence des conflits, interruption de processus démocratiques, génocide et massacres, violations graves des droits de l’Homme, persistance de comportements freinant le développement d’une culture démocratique, manque d’indépendance de certaines institutions et contraintes de nature économique, financière et sociale, suscitant la désaffection du citoyen à l’égard du fait démocratique ».
Y a-t-il lieu d’envisager une intervention militaire en Côte d’Ivoire, au nom d’un système électoral si défaillant ?
2 – Les pièges du système néolibéral
Ce système électoral inadapté et cruellement dépendant de l’«expertise» et de financements extérieurs est au service d’un modèle économique particulièrement désastreux en Afrique. Il rime avec pillage des richesses du continent, chômage endémique, pauvreté, injustices, corruption et violences. Les taux de croissance salués par la « communauté internationale » n’ont pas d’incidence sur la situation de l’immense majorité des Africains.
Alors au nom de quel projet de société, la CEDEAO devrait-elle s’engager dans une intervention militaire en Côte d’Ivoire ?
3 – Des « démocraties » minoritaires
L’enthousiasme et les espérances que les premières élections suscitèrent ne sont plus au rendez-vous comme l’attestent les taux de participation aux élections présidentielles généralement inférieurs à 50%, sauf dans les pays en crise (Guinée, Côte d’Ivoire par exemple) où les populations caressent l’illusion d’instaurer la paix par le vote.
Au lieu du rôle de gendarme que la « communauté internationale » lui confie au risque de la discréditer, la CEDEAO ne devrait-elle pas chercher d’abord à conférer à la démocratie un sens qui réconcilie les Africains avec la politique ?
4 – Des graves régressions politiques
L’État postcolonial qui se voulait souverain est devenu l’État sous-tutelle des institutions de Bretton Woods, chargé de libéraliser, de privatiser et de gérer ensuite les conséquences sociales dramatiques de cette politique. L’impopularité des gouvernants démocratiquement élus tient en grande partie aux réformes contraignantes et souvent erronées du FMI et de la Banque mondiale qui dégagent leur responsabilité en cas de soulèvement des populations.
Faut-il que la CEDEAO, au nom d’une démocratie que les argentiers foulent au pied, ajoute davantage à l’injustice et à la souffrance du peuple ivoirien ?
5 – Dépolitisation, personnalisation et ethnicisation
Pour ou contre Untel ou Untel sont les termes de la démocratie au rabais qui est servie aux peuples mineurs que nous sommes dans l’imaginaire de l’Occident. Et, malheureusement, ça marche.
Rares sont les acteurs politiques qui se donnent la peine de familiariser l’électorat avec les enjeux économiques, pétroliers, miniers, géopolitiques et militaires qui engagent le destin de notre continent.
Qu’y a-t-il d’étonnant si à partir de ce moment les électeurs se saisissent de repères tels que l’ethnie et la religion ?
6 – L’imposture de la « communauté internationale»
On n’aura jamais autant entendu parler de la « communauté internationale » en Afrique que ces dernières semaines. Alors, le citoyen ordinaire se demande : « Qui est-elle ? »
Elle est une dangereuse construction de l’après guerre froide. Elle se pose en garant du droit international, mais ses exigences varient selon les lieux et les circonstances. Ses membres sont, entre autres…
- - le Conseil de Sécurité, une institution non démocratique dont les résolutions sont ignorées par l’État d’Israël, protégé par les Etats-Unis,
- - les États-Unis d’Amérique, qui ont envahi l’Irak au nom d’armes de destruction massive qui n’existaient pas,
- - l’Union Européenne (UE), dont les desseins sont clairs à travers les Accords de Partenariat Economique (APE) qu’elle tient à imposer aux pays ACP,
- - la France, dont les forfaits sont brillamment illustrés par le documentaire de Patrick Benquet : La Françafrique,
- - le FMI et la Banque mondiale, qui dans un monde autre que celui-ci devraient être traduits devant la justice internationale pour crime contre l’Afrique.
Quant à l’Union Africaine (UA) et la CEDEAO, leur fonctionnement est à l’image des États qui les composent : frileuses, financièrement dépendantes, elles sont plus à l’écoute des grandes puissances et des institutions de Bretton Woods que de leurs peuples, de plus en plus désemparés et en danger.
Aux conséquences incommensurables des sanctions économiques, faut-il ajouter celles désastreuses de la violence militaire en Côte d’ Ivoire?
7 – L’instrumentalisation de la souffrance et du désarroi des Africains
Les électeurs et les électrices ivoiriens et africains sont, en somme, des victimes collatérales de la guerre économique qui fait rage à l’échelle de la planète. La pauvreté que le modèle économique dominant leur impose et leur souffrance sont instrumentalisés dans le cadre d’élections dites « transparentes », « régulières » et « démocratiques » qui, comme nous l’avons déjà souligné, ne répondent en rien à leur quête légitime de dignité.
8 – L’opacité des enjeux
Personne ne peut croire un seul instant que l’auteur du discours de Dakar sur l’homme africain et père de l’immigration choisie se soucie des droits des Africains et de la démocratie en Afrique. L’ancienne puissance coloniale a surtout besoin de préserver ses intérêts en Côte d’Ivoire qui, aujourd’hui comme au lendemain des indépendances, lui sert de point d’ancrage ainsi que de tremplin dans la sous région.
Quant aux États Unis d’Amérique, une partie de la réponse à leur demande – considérable – en pétrole se trouve dans le Golfe de Guinée.
Y a-t-il un lien quelconque entre ces desseins et la démocratie que les peuples d’Afrique appellent de tous leurs vœux ?
9 – La crise systémique du capitalisme
Les dirigeants africains sont victimes du discours mensonger du « win-win » qui prétend que tout le monde peut gagner dans la mondialisation néolibérale, dont la faillite est désormais évidente. Aussi s’efforcent-ils d’entrer dans le moule préfabriqué de la « croissance accélérée », de la « bonne gouvernance », de la « démocratie », etc.
L’histoire qui est train d’être écrite à coup de larmes et de sang en Côte d’Ivoire n’est pas qu’une crise politique et institutionnelle grave, dont l’issue dépendrait des seuls acteurs ivoiriens. Elle est l’une de ces guerres de « basse intensité » que l’ordre cynique du monde impose aux peuples dominés, tout en ne jurant que par la « démocratie », les « droits de l’homme » et les « libertés ».
10 – La crise de leadership mondial et la question de l’éthique
Face à la crise structurelle et systémique du capitalisme mondialisé, il n’y a pas d’homme providentiel en Côte-d’Ivoire, ni même aux États-Unis où l’élection de Barack Obama a pu faire croire le contraire. Le Président américain et son homologue français, Nicolas Sarkozy, qui visiblement n’ont que des certitudes quand il s’agit de la démocratie en Afrique, sont confrontés aux pires difficultés dans leurs propres pays, du fait de la nature inique de ce système économique dans lequel les africains sont embarqués à leur insu. La dé-protection de nos économies, la concurrence déloyale et surtout la mise en échec délibéré de l’État au nom de la croissance et de la compétitivité sont autant d’options qui n’ont rien d’éthique.
L’ordre actuel du monde n’a pas besoin d’Alassane Dramane Ouattara et encore moins de Laurent Gbagbo, mais des richesses et de la position géostratégique de la Côte-d’Ivoire en Afrique de l’Ouest.
Espérons que cette réalité cruelle, qui n’est un secret pour personne, contribuera à dépassionner le débat et à inciter les protagonistes de la crise ivoirienne, et de manière générale les décideurs politiques africains, à plus de lucidité et de maturité politique.
Déclaration
Face à cette offensive sans précédent de la « communauté internationale » contre un État souverain au nom de la démocratie et face à l’instrumentalisation de la CEDEAO,
Nous exprimons :
- - Notre solidarité avec le peuple frère et meurtri de Côte d’Ivoire qui est le véritable perdant de la « démocratie » formelle, dictatoriale et belliqueuse que les puissances occidentales imposent aux autres à coups de chantage au financement et de corruption.
- - Notre profond désaccord avec l’usage de la force contre un État souverain au mépris des vies humaines, de la cohésion sociale et la paix, déjà malmenées.
- - Notre conviction que la « communauté internationale » n’est qu’une coalition de puissances et d’intérêts qui fait la loi à travers le Conseil de Sécurité, les institutions financières et autres instances.
- - Notre désapprobation de l’alignement de l’Union Africaine (UA) et la CEDEAO sur des positions compromettantes et dangereuses.
- - Notre indignation face à l’ingérence arrogante et décomplexée des Nations Unies, qui outrepassent leur rôle en Côte d’Ivoire, et face aux pressions et aux sanctions, dont celles scandaleuses du Fond Monétaire International (FMI) et de la Banque mondiale, qui oublient qu’ils ont une part considérable de responsabilité dans la situation dramatique de l’Afrique.
- - Notre consternation face à la violation des droits politiques des Africains, qui devraient être les seuls juges de l’état de leurs pays et de la conduite de leurs dirigeants, et face à l’infantilisation de l’électorat africain par un système qui érige le vote en une fin en soi.
- - Notre révolte face aux supercheries des puissants de ce monde, notamment la France et les États-Unis, qui inversent les rôles en Côte d’Ivoire en s’érigeant en sauveurs des peuples et faiseurs de paix, alors qu’ils sont fauteurs de guerre. L’Irak, l’Afghanistan, le Pakistan, pour ne citer que les faits plus récents, sont devenus de véritables bourbiers attestant que la démocratie ne s’exporte pas.
- - Notre dépit vis à vis de la Cour Pénale Internationale (CPI) qui ignore que les victimes des massacres pré et post électoraux sont d’abord des hommes et des femmes que le système, dont elle est l’une des armes, affame, exclut et tue à petit feu par millions.
- - Notre conviction que la réforme en profondeur du système des Nations Unies, que les mouvements sociaux appellent de leurs vœux, s’impose non pas seulement en termes de représentation du continent, mais d’éthique.
- - Notre conviction que la situation dramatique en Côte d’Ivoire justifie l’évaluation dans les meilleurs délais des pratiques démocratiques en Afrique.
- - Notre détermination à éveiller les consciences, notamment celles des femmes et des jeunes, de telle sorte que le vote influe sur les politiques économiques qui sont à l’origine du chômage, de la faim et de l’exil.
- - Notre volonté de faire du Forum Social Mondial (FSM) de Dakar (du 6 au 11 février 2011) le lieu par excellence de la confrontation des idées sur les alternatives au capitalisme mondialisé et destructeur.
Personne ne doit mourir en Côte d’Ivoire, ni ailleurs en Afrique, au nom d’une démocratie décrédibilisée et dévoyée parce que conçue, financée et évaluée de l’extérieur par des puissances d’argent en quête de dirigeants « sûrs ».
Alors, trêve d’ingérence, d’arrogance et d’humiliation ! Chaque peuple s’indigne, résiste et se libère en se référant à son histoire et son propre vécu des injustices et d’asservissement.
Puissent les souffrances infligées aux peuples d’Afrique servir de levain pour l’émergence de valeurs, de structures et d’institutions démocratiques, pacifiques et humanistes ici et de par le monde.
Les signataires
- Aminata Dramane TRAORE (Forum pour un Autre Mali)
- Demba Moussa DEMBELE (Forum Africain des Alternatives)
- Pr Jean Bosco KONARE (Enseignant)
- Ray LEMA (Artiste musicien)
- Cati BENAÏNOUS
- Ismaël DIABATE (Artiste peintre)
- Bernard FOUNOU (Forum du Tiers-monde)
- Nathalie M’Dela MOUNIER ( Ecrivain)
- Antonia REIS (Interprète)
- Clariste SOH-MOUBE (Centre Amadou Hampâté Bâ)
- Mohamed EL BECHIR BEN ABDALLAH (Président de la Coordination des Partants Volontaires à la Retraite- CPVR)
- Borry KANTE (au nom de toute la CPVR – 5666 adhérents)
- Taoufik BEN ABDALLAH (Enda Tiers-Monde)
- Patrick Anges GOGOGNON (Étudiant, candidat à la Maitrise en bioéthique, Université de Montréal)
- Hamidou MAGASSA (CERNES)
- Abdoulaye NIANG, Ph.D (President & Founder The Niang Abdoulaye Foundation)
- Karine BALLON ( Documentaliste)
- Kakadou N’DIAYE (Universitaire)
- Joel MARSEILLE (Enseignant)
- Mme Chantal CAMPOS (Marchand d’Art)
- Pierre LERAY(Éducateur retraité)
- Mme Annouk LE FLOCH (Bibliothécaire)
- Jacques ROCHARD (Enseignant retraité)
- Mme Madeleine ROCHARD (Enseignante retraitée)
- Mme Albertine COURTIADE (Professeur retraitée)
- Latévi Georges LAWSON-BODY (Enseignant chercheur)